Des dizaines de millions de dossiers médicaux partagés seront ouverts

« Des dizaines de millions de dossiers médicaux partagés seront ouverts »

– S. G.Quand le dossier médical partagé, ou DMP, va-t-il devenir une réalité ?

Il sera généralisé à l’automne prochain à tous les départements et à tous les assurés sociaux. Quand l’Assurance-maladie a repris la gestion du DMP, en 2016, il n’y avait, dix ans après son lancement, que 600.000 dossiers en stock. Dans seulement 9 caisses primaires pilotes, nous en avons ouvert 400.000 nouveaux en un an et avons ainsi franchi le cap du million. L’objectif est d’aller très vite et d’ouvrir, d’ici quatre ou cinq ans, plusieurs dizaines de millions de DMP avec des données abondantes et fréquemment actualisées.

Comment comptez-vous y parvenir ?

Dans l’ancienne version du DMP, il fallait qu’un médecin prenne quelques minutes pour ouvrir le dossier de son patient. C’était un goulot d’étranglement rédhibitoire. D’ici à la fin de l’année, vous pourrez créer directement votre dossier en ligne. Vous pourrez le faire aussi dans les accueils des caisses primaires d’assurance-maladie – où nous recevons 17 millions de visites chaque année. Surtout, il sera possible d’ouvrir un DMP dans n’importe quelle pharmacie, car nous avons prévu cette possibilité dans la convention conclue cet été avec les pharmaciens, avec une rémunération de 1 euro par dossier ouvert. Je proposerai aux infirmiers de le faire aussi pour les patients en perte d’autonomie. Mais il ne suffit pas de créer des DMP s’ils sont vides, ce qui était le cas de la moitié des 500.000 DMP que nous avons récupérés.

Justement, comment garantir que ces dossiers seront remplis ?

Maintenant, dès qu’un dossier est ouvert, nous l’alimentons d’emblée avec deux années de consommation de soins : les médicaments remboursés, les médecins consultés, le recours aux autres professions de soins, les examens réalisés… La loi prévoit aussi que les établissements de santé transfèrent les comptes rendus d’hospitalisation. Les médecins généralistes sont incités financièrement à remplir des volets de synthèse médicaux qui ont vocation à alimenter le DMP, de même que les résultats d’analyse transmis par les laboratoires de biologie.

En fin de compte, qui aura accès aux informations ?

Nous voulons faire du DMP un dossier riche de toutes les données médicales des patients, accessible par tous les professionnels de santé et en tout point du territoire. Mais le DMP devra surtout être facile d’accès pour les patients eux-mêmes. Nous avons déjà développé une application mobile sous iOS et Android que nous testons dans nos 9 départements pilotes. Elle sera accessible à tous dès cet automne et permettra à chacun d’alimenter son dossier avec ses données, comme pour signaler une allergie ou pour intégrer la photographie d’une ordonnance ou d’une analyse de biologie… A la fin des fins, le patient doit rester maître de son DMP. Il pourra masquer certaines informations ou s’opposer à ce qu’un professionnel puisse consulter son dossier – sauf bien sûr quand il s’agit de son médecin traitant.

(Les Echos)