Les pharmaciens ont connu une hausse contrastée de leur rémunération

Solveig Godeluck

Les revenus diffèrent selon le régime fiscal, le sexe, la localisation. Mieux vaut exercer dans le Nord que dans le Sud pour être bien rémunéré.

Entre 2009 et 2014, les revenus des pharmaciens titulaires d’officines ont progressé, avec cependant de grandes disparités liées au statut fiscal des officines ou leur localisation, montre l’Insee dans une étude thématique publiée mardi. Cette période de cinq ans a été marquée par des montagnes russes. L’année 2010 avait été fastueuse pour les revenus des pharmaciens, qui relevaient la tête après un premier épisode de crise économique. Mais le début du quinquennat Hollande, avec les économies imposées pour redresser la Sécurité sociale,a été douloureux.

Entre 2013 et 2014, la moitié des pharmaciens ont vu leurs revenus diminuer.Selon l’Insee, le revenu moyen est donc de 121.400 euros pour une entreprise individuelle (29 % des titulaires en 2014, contre 42 % en 2009), soumise à l’impôt sur le revenu. Le revenu, constitué de l’intégralité des bénéfices, sert alors à rembourser l’emprunt qui a permis d’acheter la pharmacie, et qui peut représenter jusqu’à une année de chiffre d’affaires. C’est ce qui explique l’écart avec les pharmaciens constitués en SARL ou SEL, dont le revenu n’est que de 59.400 euros. Ces sociétés soumises à l’impôt sur les sociétés représentent 46 % des titulaires en 2014, contre 25 % en 2009. Souvent, les officines adoptent ce régime fiscal lorsqu’elles passent le cap de 1 million d’euros de chiffre d’affaires.

Les revenus sont meilleurs dans le Nord

Le chiffre d’affaires, justement, est le meilleur garant de la rémunération du titulaire. Au-delà de 3 millions d’euros annuels, son revenu double presque (+85 %) par rapport à une officine qui engrangerait entre 1 et 2 millions par an. A l’inverse, en dessous du million d’euros, les titulaires perdent 44 % de revenu par rapport à la même référence. Le revenu des femmes est inférieur de 10 %, peut-être parce qu’elles travaillent moins, assurément parce qu’elles s’associent plus souvent à un autre titulaire ou qu’elles recrutent un adjoint. Les inégalités sont aussi territoriales. Dix départements, tous situés dans le Nord, offrent à leurs pharmaciens titulaires des revenus supérieurs de 20 % à la moyenne nationale. La densité d’officines y est plus réduite que dans le Sud. Dans l’Aude, il y a 20 % de pharmaciens en plus, et 10 % de revenus en moins. Dans les villes de plus de 200.000 habitants, où la concurrence est rude et multiforme, les revenus sont inférieurs de 6 % par rapport aux villes de 20.000 à 200.000 habitants.

Comme le revenu est fortement dépendant des médicaments remboursables dont le prix est régulé,le modèle économique du pharmacien manque singulièrement de souplesse et le contraint à puiser dans son bas de laine au moindre dérapage des coûts. Dix points de charge d’exploitation en plus signifient 6 % de baisse de la rémunération du titulaire.

(Les Echos)